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LA CHASSE AUX COMPROMIS EN NOIR ET BLANC

Par Danny DULIEU

La photographie est une histoire de compromis dont nous avons déjà vu les effets.
Le compromis de la sensibilité. On sait que pour avoir une superbe netteté et une grande profondeur de champ, il faut fermer le diaphragme donc augmenter le temps d’exposition au risque d’avoir un flou de « bougé ». Pour éviter ce flou de bougé, il suffirait d’augmenter la sensibilité du film, utiliser un 400 ASA au lieu d’un 100… Mais là, on fait apparaître du grain.
Le compromis de l’exposition, c’est thé ou café. Dans une scène contrastée (ciel et paysage), le choix doit se faire entre bien exposer le ciel et assombrir le paysage, ou paysage bien détaillé avec un ciel trop clair. Impossible de faire autrement sans manipulations.
Nous allons voir que des astuces existent.

Pourquoi le grain ?

Une légende raconte qu’un ingénieur de Kodak découvrit que dans les déchets des émulsions, des parties avec des gros grains d’argent étaient plus sensibles.
La photo argentique a pour base les grains d’argent. Là où légende est vraie, c’est que plus le grain est gros, plus il est sensible… et visible, logique imparable.
La seconde raison est que le film de haute sensibilité possède une plus grande gamme de gris qu’un film moins sensible (nous verrons juste après pourquoi). Qui dit gris sur le film signifie gris sur le papier. Pour remédier à cette grisaille, on tire la photo avec une gradation plus dure.
Or, tout ceux qui font du labo savent qu’utiliser une gradation dure (filtre 3.5 à 5) fait apparaître la moindre poussière sur la photo. C’est le défaut d’une qualité : Le contraste fait aussi apparaître les détails, mais aussi les imperfections…

Courbe caractéristique.

Aussi nommée « Gamme de gris », la courbe de caractéristique d’une émulsion dépend de sa sensibilité ainsi que du révélateur utilisé. Les caractéristiques de l'émulsion et du révélateur ont une influence sur le résultat final: si la taille critique (dimension du germe) est petite, l’image présente un fort contraste. Au contraire, si la taille critique est importante, l’image sera douce et nuancée ; par contre la dimension des grains d’argent sera importante et ceux-ci seront plus visibles, notamment si l’image négative est fortement agrandie.
On trouve dans le commerce des émulsions de caractéristiques différentes, notamment en fonction de leur sensibilité à la lumière. L'unité de valeur de la sensibilité s'exprime en degrés ISO, et les valeurs s'étagent entre (environ) 12 et 6 400 ISO, les films les plus courants vont de 50 à 400 ISO.

En résumé et schématiquement :
Film lent (ou peu sensible) = fort contraste et peu de nuances dans les gris, grain fin,
Film rapide (ou très sensible) = faible contraste, gris doux et nuancés, grain important.
Mais pourquoi ? Imaginez que vous êtes dans une pièce éclairée normalement. Vous voyez une zone très claire (la lampe) et des zones plus sombres (les zones d’ombre).
Si vous diminuez la sensibilité de vos yeux en mettant des lunettes de soleil noires, vous continuerez à voir la lampe, mais vous ne distinguerez plus les détails des zones d’ombre. Ils sont toujours présents, mais atténués à un point que votre oeil n’est plus capable de les distinguer.
Le film peu sensible agit de la même manière. Il « voit » les zones de haute lumière mais n’est pas assez sensible pour bien détailler les basses lumières.

Le masque ou la dmin.

Les films haute sensibilité (Tmax 3200, Ilford HP5 et Agfa APX) ont souvent un souci de masque. C’est ce que l’on nomme la dmin ou densité minimale du négatif.
Là où il n’y a pas de photo (entre les vues), on distingue une zone plus ou moins claire. C’est le masque du négatif.
En présence du révélateur, cette zone, bien que non éclairée a tendance à légèrement noircir. Le problème d’un tel masque est une atténuation de la luminosité globale ainsi qu’une absorption des détails dans les basses lumières. Il en résulte un long temps d’exposition sous l’agrandisseur, et une baisse du contraste général du négatif.
Pour remédier à cela, on emploie une gradation plus dure qui fait apparaître les détails des basses lumières… mais comme le masque est lui aussi composé de grains d’argent sensibles, ce masque agit comme une trame graineuse sur votre tirage. Le grain s’en voit obligatoirement accentué.

Le révélateur compensateur Kodak D76 ou Ilford ID11.

C’est le révélateur tout terrain par excellence. Utilisé dans un grand nombre d’écoles mais aussi dans la presse et dans des labos industriels.
Ses avantages sont assez nombreux :
· Tout terrain, il convient à presque toutes les applications et films
· Peu cher (5 euros pour 3,8l)
· En procédé standard, il a un grand rendement (plus de 10 films avec un seul litre)
· Longue conservation (entre 6 et 8 mois une fois préparé).
· Compensateur, il tolère des erreurs (température, durée de développement)
Il est vendu sous forme de poudre à diluer dans de l’eau. Aucune exigence sur la qualité de l’eau n’est requise.
Contrairement à ce que de nombreux fabricants prétendent, les temps de développement mentionnés sur les emballages sont purement indicatifs. Dans un vieil ouvrage de chimie photographique, l’auteur recommande une durée de développement de 8 minutes à 20 degrés. C’est le temps idéal pour des films exposés correctement (à leur sensibilité nominale), généralement les 100 et 400 ASA.
Croyez bien que lorsqu’un fabricant recommande une durée de 7 minutes et 45 secondes, ce ne sont pas les 15 secondes d’écart qui modifient le résultat final de manière triviale.
Le révélateur en poudre ID11 ou D76 peut s’utiliser selon plusieurs schémas :
· La solution stock (qui se récupère)
· La solution diluée à 1+1
· La solution diluée à 1+3
Les solutions diluées sont à bain perdu (usage unique).
L’usage dilué implique obligatoirement une augmentation de la durée de développement.
Le premier avantage d’une dilution du révélateur est de conserver un résultat constant. Utiliser le révélateur en solution stock récupéré implique une usure de ce dernier, malgré les régénérations selon les consignes du fabricant, un film développé dans une solution fraîche ne sera jamais identique à un film développé avec un révélateur « en fin de vie ».
L’autre avantage se situe dans la physique de la matière.

Scènes contrastées, le compromis ciel / sol.

A de nombreuses reprises, les photographies de paysage présentent un inconvénient de taille : Le ciel est souvent trop clair par rapport à un sol trop sombre. Le compromis est de taille : Un sol bien éclairé pour un ciel trop clair ou un ciel bien équilibré pour un sol trop sombre.
En photographie argentique, la question que l’on se pose est la suivante : Est-il possible sans retoucher quoi que ce soit d’obtenir un résultat plus équilibré sans passer par la case retouche ?

La dilution : balance idéale au contraste.

Dans un développement standard, on constate que les 8 minutes recommandées sont idéales pour obtenir des hautes lumières bien denses.
On constate donc un conflit : au moment où les hautes ont atteint leur densité idéale, densité au delà de laquelle elles seraient saturées, les zones de basse lumières sont souvent trop claires.
Avec les temps de développement moyens, dans la fourchette entre 6 et 10 minutes, le développement des ombres est souvent incomplet.
Au plus le révélateur est dilué, au plus il est faible, et donc il agit plus lentement, d'où la nécessité d'allonger le temps de développement. Ce temps doit être suffisamment long pour faire monter les hautes lumières jusqu'à la densité requise pour correspondre au grade de papier voulu pour le tirage de l'épreuve
La dilution est donc un excellent moyen de ralentir le développement des hautes lumières ! En effet, le révélateur dilué s'épuise rapidement dans les hautes lumières, laissant le temps aux zones de basse lumière de se développer pleinement pendant le temps restant. Résultat: un film plus sensible en basse lumières, sans saturer les hautes lumières.
Au niveau du grain, ce dernier demeure présent, mais le négatif étant mieux équilibré, le contraste à utiliser au tirage sera plus doux, donc ce grain sera présent mais moins visible.
Ajoutons à cela le masque. Un négatif non exposé aura tendance à griser si on le place dans un révélateur puissant, c’est le masque. Ce masque, composé de grains d’argent a tendance à griser l’image sur le négatif, d’où une chute de contraste globale impliquant un tirage plus dur qui fera apparaître les grains du dit masque, d’où une augmentation du grain.
En conclusion, une dilution moindre permet au film de ne pas avoir de masque trop prononcé. Ce dernier éliminé, le contraste global du négatif en est réhaussé, d’où une granualtion plus fine. Les effets de l’augmentation du grain par la dilution sont compensés par les effets décrits ci dessus.

Les effets de l'agitation
Admettons comme point de départ que l'agitation normale est de 5 à 10 secondes toutes les 30 secondes. Que se passe t'il si on passe à de l'agitation continue ou si l'on opte pour 5 secondes toutes les minutes?
Ces différentes options ont principalement un effet sur l'épuisement local de la chimie et les effets de bords. En effet, si l'on agite constamment, on remplace en continu la chimie sur toute la surface de l'image et on ne lui donne pas l'occasion de s'épuiser le négatif est plus contrasté globalement mais les basses lumières sont trop peu contrastées.
Cette conséquence implique dès lors des hautes lumières saturées mais un manque de détail dans les ombres. On compense ce manque de détail par une augmentation du contraste… qui augmente le grain…
De plus, l’agitation constante fait monter le masque du film qui contribue à son aspect graineux. A l'inverse, si l'on agite rarement, la chimie a le temps de s'épuiser à l'endroit des hautes lumières, et donc de ralentir leur développement, et aussi d'accentuer les effets de bords. Il faut donc augmenter les temps de développement, et le négatif sera plus granuleux, avec plus de détails dans les ombres, ce qui impliquera un contraste plus équilibré.

Tout se compense.

La dilution du révélateur fait certes apparaître du grain, mais ce dernier est compensé par un contraste plus prononcé, il est donc moins visible sur le tirage.
La procédure que j’ai expérimenté est la suivante :
Révélateur D76 dilué à 1+1, film AGFA APX 400 exposé à 400 sur Minolta SRT-101.
Durée de développement poussée à 18 minutes. Une agitation simple par minute et on termine par une agitation constante les 2 dernières minutes.

Le résultat fut surprenant : Un ciel non bouché, une granuation fine et un contraste bien équilibré.